Le tribunal correctionnel : compétence et modes de saisine
Consulter un avocat tribunal correctionnel à Paris dès la réception d’une convocation permet de reprendre la main sur une procédure aux règles techniques. Le tribunal correctionnel, formation du tribunal judiciaire, juge les délits : infractions punies d’une peine d’emprisonnement de dix ans au plus ou d’une amende d’au moins 3 750 € (art. 381 du Code de procédure pénale). Il siège à trois juges, ou à juge unique pour les délits les moins graves.
Vous pouvez être saisi de plusieurs façons. La convocation par officier de police judiciaire (COPJ, art. 390-1) vous est remise à la fin d’une audition ou d’une garde à vue et vaut citation : elle indique les faits, les textes et la date de l’audience, fixée au moins dix jours plus tard. La citation directe, délivrée par commissaire de justice à la demande du procureur ou d’une victime, obéit au même délai. La convocation par procès-verbal du procureur (art. 394) fixe une audience dans un délai de dix jours à deux mois.
Le tribunal est également saisi par ordonnance de renvoi du juge d’instruction à l’issue d’une information judiciaire, ou par la voie de la comparution immédiate. Les contraventions relèvent quant à elles du tribunal de police, où l’amende de cinquième classe atteint 1 500 €, portée à 3 000 € en récidive (art. 131-13 du Code pénal) ; la même préparation s’impose, notamment pour les infractions routières.
Vos options selon la procédure engagée
Si vous êtes convoqué à une audience classique
Votre avocat peut consulter le dossier au greffe et en obtenir copie dès la délivrance de la convocation. Vous disposez du temps nécessaire pour préparer votre défense, réunir des pièces et faire citer des témoins. Si le délai est trop court ou une pièce manquante, un renvoi peut être sollicité dès l’ouverture des débats. Les nullités de procédure doivent être soulevées avant toute défense au fond (art. 385), faute de quoi elles sont irrecevables.
Si le procureur vous propose une CRPC
Le plaider-coupable suppose que vous reconnaissiez les faits. En contrepartie, la peine proposée ne peut dépasser trois ans d’emprisonnement ni la moitié de la peine encourue (art. 495-8). Vous avez droit à un délai de réflexion de dix jours et l’assistance d’un avocat est obligatoire. La peine acceptée est homologuée par un juge en audience publique, qui peut la refuser ; la CRPC est exclue pour certains délits, notamment les atteintes les plus graves aux personnes. Un appel reste possible dans les dix jours de l’ordonnance d’homologation.
Si vous recevez une ordonnance pénale
Cette procédure simplifiée, sans audience ni débat, est réservée à certains délits (usage de stupéfiants, conduite sous l’empire de l’alcool, vol simple, notamment) et ne peut prononcer d’emprisonnement. L’opposition, formée dans les 45 jours de la notification, renvoie l’affaire devant le tribunal en audience ordinaire. Elle mérite réflexion : la peine peut être alourdie, mais le débat contradictoire permet aussi de contester les faits ou d’obtenir une exclusion du bulletin n° 2 du casier.
Comment le cabinet prépare l’audience correctionnelle
La défense se construit sur le dossier. Le cabinet en obtient la copie intégrale, analyse chaque procès-verbal, vérifie la régularité de la garde à vue, des perquisitions, des expertises et des délais, et rédige, le cas échéant, des conclusions de nullité. Il identifie les éléments constitutifs contestables : intention, matérialité, qualification retenue par le parquet, prescription.
En parallèle, il rassemble les pièces de personnalité qui pèseront sur la peine : situation professionnelle et familiale, revenus, suivi médical ou psychologique, démarches d’indemnisation de la victime, formation. Ces éléments permettent de plaider une peine alternative ou aménagée. Lorsque la reconnaissance des faits est la voie la plus favorable, la stratégie se concentre entièrement sur la peine et ses modalités d’exécution.
À l’audience, le président interroge le prévenu, les parties civiles présentent leurs demandes, le procureur requiert, puis la défense plaide et a la parole en dernier. Le tribunal statue sur le siège ou met l’affaire en délibéré. Le cabinet vous explique ensuite la décision et le délai d’appel de dix jours, puis engage immédiatement les démarches d’aménagement de peine lorsqu’une peine ferme a été prononcée.
Peines encourues, aménagements et casier judiciaire
L’échelle des peines correctionnelles (art. 131-3 du Code pénal) comprend l’emprisonnement, la détention à domicile sous surveillance électronique, le travail d’intérêt général, l’amende, le jour-amende, les stages et les peines privatives ou restrictives de droits. Depuis la loi n° 2019-222 du 23 mars 2019, tout emprisonnement ferme de six mois au plus doit être aménagé, sauf impossibilité tenant à la personnalité ou à la situation du condamné ; entre six mois et un an, l’aménagement est décidé si la situation le permet ; au-delà d’un an, il n’est plus possible dès le jugement (art. 132-25).
Les aménagements possibles sont la semi-liberté, le placement à l’extérieur et la détention à domicile sous surveillance électronique, le bracelet. Ils sont décidés par le tribunal lui-même ou par le juge de l’application des peines, saisi après le jugement pour les peines ne dépassant pas un an (art. 723-15 du Code de procédure pénale). Le sursis probatoire, assorti d’obligations de soins, d’indemnisation ou de travail, évite l’incarcération tout en encadrant le condamné pendant une période fixée par le tribunal.
Le casier judiciaire comporte trois bulletins. Le bulletin n° 2, accessible aux administrations et à certains employeurs, peut être expurgé sur décision du tribunal, immédiate ou ultérieure (art. 775-1) : cette demande est déterminante pour les professions réglementées, les fonctionnaires et les dirigeants. Le cabinet la formule dès l’audience lorsque votre activité le justifie, et prépare les justificatifs correspondants.
Les délais à ne pas manquer et les erreurs à éviter
Devant le tribunal correctionnel, plusieurs délais sont impératifs :
- 10 jours pour faire appel du jugement, à compter de son prononcé si vous étiez présent ou représenté (art. 498) ;
- 45 jours pour former opposition à une ordonnance pénale (art. 495-3) ;
- 10 jours pour faire appel d’une ordonnance d’homologation de CRPC ;
- avant toute défense au fond pour soulever les nullités de procédure (art. 385) ;
- dès l’audience pour demander l’exclusion de la condamnation du bulletin n° 2.
Parmi les erreurs les plus coûteuses : se présenter sans avocat ni pièces, ignorer une convocation en pensant que l’absence suspend la procédure, payer une ordonnance pénale sans en mesurer les conséquences sur le casier judiciaire et le permis de conduire, ou accepter une CRPC sans avoir lu le dossier. En cas d’appel, le procureur peut former un appel incident dans les cinq jours suivants (art. 500), avec un risque d’aggravation de la peine : le cabinet évalue ce risque avec vous avant toute décision.
Comment se déroule la procédure ?
- 01Analyse de la convocationCOPJ, citation directe, convocation par procès-verbal, CRPC ou ordonnance pénale : chaque mode de saisine ouvre des délais et des options différents.
- 02Copie et étude du dossierDemande de la copie de la procédure au greffe ; lecture des procès-verbaux, recherche des nullités et des faiblesses de l’accusation.
- 03Préparation de la défensePièces de personnalité, justificatifs, témoins, conclusions de nullité déposées avant toute défense au fond (art. 385), stratégie sur la culpabilité et la peine.
- 04Audience correctionnelleInstruction à l’audience, réquisitions, plaidoiries ; la défense a la parole en dernier. Décision rendue sur le siège ou mise en délibéré.
- 05Après le jugementAppel dans les dix jours, aménagement de la peine devant le juge de l’application des peines, demande d’exclusion du bulletin n° 2 du casier judiciaire.
Chaque dossier est unique. Parlons du vôtre.
Textes de référence
- Code de procédure pénale, art. 381 à 392 (compétence du tribunal correctionnel, COPJ, citation)
- Code de procédure pénale, art. 495 à 495-6 (ordonnance pénale) et 495-7 à 495-16 (CRPC)
- Code de procédure pénale, art. 498 et 500 (appel) et 775-1 (bulletin n° 2)
- Code pénal, art. 131-3 à 131-9 et 132-25 (peines correctionnelles, aménagement)

Maître Estelle Boccara
Avocat au Barreau de Paris. Formée au sein de cabinets spécialisés en droit immobilier et de la construction, Estelle Boccara défend aujourd’hui particuliers, entreprises et institutionnels.